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Jean-Marie Rivière est agronome-pédologue à l'Ensa de Rennes. Il dresse le bilan des conséquences des pluies abondantes de cet hiver et du printemps.
Quelle est l'influence des techniques de cultures simplifiées sur le comportement du sol vis-à-vis de l'eau en général ?
Jean-Marie Rivière : L'une des premières retombées des pluies abondantes a le plus souvent été la formation d'une croûte de battance. Les techniques de cultures simplifiées limitent ce phénomène. En effet, le colloïde le plus important pour améliorer la résistance du sol à la vattance est la maatière organique et le non-labour la concentre en surface. Le sol est donc plus stable. La présence de vers de terre en plus grand nombre en TCS va également dans ce sens. Leurs rejets sont plus solides que la terre et résistent mieux à l'impact de la pluie. De plus, ils sécrètent du carbonate de calcium moins lessivé que le calcium et qui améliore la cohésion du sol.
De plus, la pratiques des techniques de cultures simplifiées s'accompagne souvent de l'implantation de couverts végétaux. Ceux-ci amortissent les fouttes de pluie qui arrivent donc plus doucement au sol. L'impact est moins fort et engendre moins de battance. Enfin, les sols en TCS ont une densité plus importante car ils ne sont pas décompactés par les labours. Cette particularité leur confère une meilleure portance et ils supportent mieux le passage des engins de traitement et surtout de récolte. Le tassement est finalement moins important et moins un sol est tassé, plus il garde sa macro-porosité et mieux il se comporte vis-à-vis de l'eau, arrivant à sa surface en la faisant pénétrer dans la masse du sol.
Quelles sont les conséquences de la croûte de battance encore plus présente cette année ?
J.-M. R. : Les limons sont particulièrement touchés par le phénomène de formation de croûte de battance. Cette couche imperméable à la surface qui s'est souvent formée cette année n'a pas permis au sol de respirer. Or, l'air est indispensable à la vie dans le sol pour les micro-organismes et pour les plantes. Ces dernières sont d'ailleurs les premières à souffrir de cette asphyxie. Les masses gazeuses à transférer entre l'atmosphère et le sol sont normalement très importantes. Pour un bon fonctionnement, 10 à 15 tonnes/ha/an d'oxygène sont nécessaires et 12 à 18 tonnes de CO2 /ha/an sont rejetés. En cas de croûte de battance, celui-ci reste dans le sol.
La deuxième conséquece de cette croûte de battance est le ruisellement. Si la pluie est très intense, l'eau ne pénètre plus dans le sol. Ensuite, puisque l'eau a tendance à aller du moins dense vers le plus dense, le manque d'infiltration et de pénétration fait que certains sols profonds sont mal remouillés en profondeur malgré la forte pluviométrie de cette année. Cependant, ce phénomène a eu l'avantage souvent de protéger la structure sous-jacente.
La qualité des sols va-t-elle en souffrir à long terme ?
J.-M. R. : Le plus grave problème à long terme est provoqué par l'entraînement de particules à la surface à cause du ruissellement. L'eau a entraîné les colloïdes détruisant ainsi en partie la cohésion du sol en motte (structure du sol). C'est un cercle vicieux puisque d'année en année, le sol est moins apte à résister au phénomène de battance. Plusieurs anées seront partois nécessaires pour retrouver ce qui a été perdu. Les sables sont les plus facilement arrachés. Cependant, leur taille ne leur permet pas d'être véhiculés longtemps. Ils se redéposent très vite. Les limons résistent mieux à l'érosion, mais ils se déplacent plus loin. Enfin, il faut vraiment un flux d'eau très important pour arracher les particules d'argiles mais une fois emportées elle ne sédimentent plus et rejoignent les rivières. C'est une partie de nos sols que nous retrouveons sous forme de bouchons de vase à l'embouchure des fleuves. Le risque est très important pour la qualité des terres et la durabilité des production agricoles. Les colloïdes sont essentiels pour retenir les nutriments. D'année en année, le problème s'accentue et nous ne prenons pas toujours la véritable mesure de ce phénomène inquiétant.
La période sèche de début d'été va-t-elle permettre de rétablir la situation ?/p>
J.-M. R. : Dans une certaine mesure, l'assèchement a redonné une fissuration à beaucoup de sols et même aus sols limoneux qui peuvent enregistrer des micro-fissures. Cependant, le basculement d'un excès vers un autre excès a des effets négatifs. L'apparition de gros blocs et de crevasses a fait passer les sols d'un état asphyxie à une suraération, phénomène tout aussi néfaste pour les racines. Enfin, l'ouverture des sols n'a fait qu'accentuer le dessèchement et le stress hydrique pour les plantes.
Pour bien fonctionner, le sol doit être un milieu stable et seul une bonne protection de surface (mulch) peut tempérer les excès du climat.
Propos recueillis par Stéphanie Seysen
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