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OlivierWeb|>Agro|>Articles
Grandes Cultures Infos de Juillet/Août 2001 p43

Choisir ses semences
des variétés au service des qualités

Des variétés au service des qualités

L'amont écoute de plus en plus les désirs de l'aval en matière de qualité de blé. Preuve en est, l'implication grandissante de la meunerie au sein du CTPS. Reste que sur le terrain, tabler sur une seule variété de qualité semble un pari risqué.
Patrick Bastergue, secrétaire technique de la section des céréales à paille, le reconnaît volontiers : " la meunerie a mis en place une commision qualité qui travaille en étroite collaboration avec les experts du CTPS ". Le CTPS considère ce rapprochement capital : " L'offre variétale doit absolument s'adapter aux besoins de l'industrie ", précise Patrick Bastergue. Pierre Benoist, directeur technique de C.C. Benoist et président du GIE Club 5, va même plus loin : " La volonté du CTPS d'inscrire des variétés toutjours plus performantes tire le classement vers les BPS ou au moins les BPC, au détriment des blés fourragers ".
Le passeport des listes recommandées
Si la meunerie participe activement au CTPS, elle prend surtout du poids à travers ses listes de variétés recommandées. En effet, le classemnt CTPS, s'il est établi une fois pour toutes, est constamment réactualisé grâce à la création de listes ou de notations supplémentaires. " Notre classsement ne repose que sur une seule années de test, souligne Patrick Bastergue. Ce n'est qu'un premier tri. Les instituts techniques et les utilisateurs doivent faire des essais de post-inscription. " Cette postvalidation des variétés est importante : " Isengrain a été classé BPS par le CTPS. L'ITCF l'a jugé BPS, mais irrégulière, et certains meuniers l'ont carrément trouvée intéressante", constate Philippe Lonnet, directeur de recherche chez Florimond Desprez. En complément du CTPS, l'ITCF mesure donc une valeur d'utilisation pendant les deux années qui suivent l'inscription d'une variété, et la meunerie propose la liste VRM (variétés recommandées) ainsi que la liste BPMF, blé panifiable menuerie française. "Ces listes sont définies par les responsables qualité ou les directeurs d'une quinzaine de moulins, à partir d'analyses technologiques, comme les essais de panification, précise Flavie Peyruchaud, responsable technique à l'ANMF (Association nationale de la meunerie française). Cinq variétés sont mises en essais aux champs chaque année, avant les résultats du CTPS, ce qui présente un risque mais nous permet de donner rapidement notre avis. Nous testons également des variétés récemment inscrites. Notre objectif est de détecter le plus vite possible les variétés intéressantes. ".
Exigences en hausse
Et comme l'explique Philippe Lonnet : " Avoir une variété inscrite sur une liste recommandée reste un passeport pour la vente ". Si bien que le semencier a axé sa politique sur la qualité, abandonnant les variétés non BPS. Les besoins de la meunerie ne sont pas seuls à motiver ce choix. " Les impératifs de l'export nous dictent pour veaucoup notre conduite. Avant, l'export absorbait ce que ne voulait pas la France. Aujourd'hui, nos voisins exigent la même qualité que la meunerie française", souligne le directeur de recherche. le marché s'oriente donc vers des variétés BPS... alors ue l'un des principaux débouchés reste l'alimentation animale. "Les collecteurs deviennent de plus en plus exigeants. Le marché du BAU se réduit. Et des variétés comme Soissons finissent par nourrir aussi les cochons ! ", s'exclame Philippe Lonnet. Pourtant, l'aval de la filière s'est aperçu en 2000, qu'un mauvais hagberg n'empêchait pas la pnification, et surtout, que des blés non exceptionnels donnaient de bons résultats. Fort de ces constats, C.C. Benoist oriente sa sélecction sur des variétés qui ne sont pas dédiées à des marchés trop précis. " Nous cherchons des génotypes élevés, réguliers en endement, expose Pierre Benoist. Nous ne voulons pas trop segmenter notre recherche, en menant des programmes très spécifiques.". En protéines, par exemple, Pierre Benoist vise des taux de l'ordre de 12,5. " Ces blés peuvent aller partout, remarque-t-il.  C'est un critère universel ".
Le dilemme du choix variétal
Mais du côté production, savoir s'il vaut mieux jouer la carte de la qualité ou celle du rendement reste un dilemme. Car outre la variété, les conditions climatiques et l'itinéraire technique influencent énormémant les caractéristiques de la récolte. " Cette année, ceux qui ont conservé du Soissons dans leur silo ne le vendront pas, souligne Michel Maurice, directeur de l'Agence de plateaux de Bourgogne, un prestataire de services agricoles. En partie parce que les meuniers ont trouvé pour moins cher des produits presque aussi performants ". Même une variété phare ne garantit donc pas les débouchés. " Soissons s'adapte mieux à la panification, mais son utilisation dépend de son taux de protéines : s'il est trop élevé, la variété fournit une farine trop élastique, inadaptée à la baguette de 60 cm. D'où l'importance de l'itinéraire technique", analyse Christophe Duchez, directeur de l'usine de Verneuil des Grands Moulins de Paris.
Diversifier ses variétés
Tabler sur une seule variété de qualité semble donc un pari risqué. C'est l'une des raisons qui poussent Michel Maurice à préconiser l'emploi de variété diversifiées. " Je travaille avec une centaine d'agriculteurs indépendants, et je leur conseille d'assurer le rendement avec une bonne variété fouragère, car le débouché existe à proximité. Mais à potentiel de rendement égal, mieux vaut une variété meunière de qualité standart, type Charger. Ceci, en complétant l'assolement avec une variété de qualité comme Soissons, qui peut, selon son taux de protéines, s'utiliser pure, ou venir renforcer la qualité boulangère des variétés de base. Ce choix d'assolement exige un allotement, mais les agriculteurs de la région sont équipés. ".
 
Zoom > 100 % rustique
" La résistance des variétés augmente avec les années, commente Pierre Benoist, président du club 5. Les écarts de rendement se rapetissent entre traité et non-traité dans les essais CTPS. ". Ce qui est encore plus vrai avec des variétés rustiques. Et qui permet d'envisager des itinéraires plus économes. Le GIE Club 5 mène ainsi depuis trois ans, en collaboration avec l'INRA et l'ITCF, des essais sur différents itinéraires techniques, avec des variétés rustiques, type Oratorio, Ornicar ou Virtuose. " Nous avons testé plusieurs itinéraires techniques, parmi lesquels la réduction drastique des intrants ", explique Philippe Lonnet, chez Florimont Desprez. Cet itinéraire a fourni de bons résultats, particulièrement dans une situation où le prix du blé est faible. " Mais cette recherche d'itinéraires n'est pas encouragée par la meunerie, qui craint  que l'absence de fongicides porte préjudice à la qualité. ".
Une autre méthode consiste à mélanger des variétés au sein d'une parcelle. Eric Vecten, agriculteur dans l'Aisne se trouve satisfait de ses essais : " Mélanger du Vivant avec d'autres variétés de même précocité me permet d'avoir un bon PS tout en économisant sur le poste fongicide ".
Grands moulins de Paris, ce que recherche la meunerie
" La meunerie ne consomme que 6 millions de tonnes de blé sur les 36 millions produites, explique Christophe Duchez, des grands moulins de Paris. Mais la production ne correspond pas toujours aux besoins de nos clients.". Pour les Grands Moulins, la qualité du blé et sa spécificité sont des atouts essentiels. A chaque utilisation industrielle correspond une ou plusieurs variétés adéquates, voire un itinéraire cultural et un terroir. " Un blé Scipion s'adapte à des usages différents selon son taux de protéines : à 10%, il est utilisé pour les crackers, à 12 pour les galettes et feuilletages et à 13, pour le pain. Quant aux choco BN, ils sont fabriqués à partir de Scipion, sauf dans le Nord, où du Soissons est plus adapté.", ajoute Christophe Duchez. Pour s'adapter aux besoins de ses clients, GMP peut également faire des mélanges de blés meuniers.
La politique d'achats des GMP se fonde sur la fonctionnalité des variétés, la pérennité et la fiabilité du fournisseur... ainsi que sur une traçabilité irréprochable. L'entreprise veut pouvoir retrouver les agriculteurs qui ont produit le blé de la farine incriminée en cas de problème. " Le consommateur a besoin d'être rassuré sur ce qu'il mange ", explique Christophe Duchez.
Repère > semer des variétés non inscrites au CTPS
Les agriculteurs du réseau Limagrain ne sèment pas tous des variétés inscrites au CTPS. Après le rachat de l'usine de pain Jacquet en 1995, le groupe s'est en effet lancé dans la priduction de variétés réservées, sur quelques milliers d'hectares, au sein du réseau Ulysse, qui comprend une dizaine de coopératives. " Les semences sont fournies aux agriculteurs et non vendues, puisqu'elles ne sont pas homologuées au CTPS, explique Stanislas Crouzier, directeur de la branche créréales et ingrédients chez Limagrain. La production est entièrement sous contrats, destinée soit à notre usine, soit à des meuniers. Les coopérateurs récupèrent ainsi la valeur ajoutée liée à la technologie de la variété.". Le créneau croît de 25 à 30% chaque année. D'après Stanislas Crouzier, " les agriculteurs apprécient ces débouchés garantis ", Un COV (Certificat d'Obtention Variétal) protège pour l'instant ces variétés. Un projet d'arrêté devrait permettre la création d'une liste particulière Vuir, variété à usage industriel réservé, dans le catalogue français. Cette liste existe déjà pour le maïs. " Cela nous offrirait plus de transparence, tout en simplifiant les éventuelles procédures d'homologation. Jusqu'à présent, le CTPS s'était opposé à la création de cette liste, de peur que le marché ne soit destabilisé. Ce qui n'a pas été le cas. ". Les variétés réservées restent en effet un marché de niche.

Valérie Noël


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